Le système manducateur

 

Quelques notions d'anatomie

La mandibule (=os de la machoire inférieure) s'articule avec les deux fosses mandibulaires des os temporaux, en avant des conduits auditifs externes: il y a donc deux articulations temporo-mandibulaires qui doivent travailler conjointement.

Entre la fosse mandibulaire et le condyle, on trouve un disque articulaire (=ménisque), de consistance fibro-cartilagineuse, qui sert d'amortisseur et facilite le glissement du condyle lors des mouvements d'ouverture et de fermeture de la bouche. Le tout est protégé par une capsule et maintenu par des ligaments (ligament sphéno-mandibulaire, ligament stylo-mandibulaire etc.). Les ligaments assurent une stabilité à l'articulation.

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Les muscles de la mastication sont puissants et servent  à réaliser les mouvements d'ouverture/fermeture de la bouche, de latéralisation (mouvement sur les côtés), d'antépulsion (avancée de la machoire) et de rétropulsion (recul de la machoire). Ils sont au nombre de 8 (4 de chaque côté) : les masséters, les ptérygoïdiens latéraux, les ptérygoïdiens médiaux et les temporaux. Ils disposent tous d'une attache solide sur le crâne et c'est, en partie, leur travail qui module le développement du crâne pendant la croissance.

Ils sont tous innervés par le nerf crânien mandibulaire V.3 (branche du nerf trijumeau ou nerf crânien V). C'est également le rameau nerveux qui s'occupe d'informer le cerveau de la position de la mandibule dans l'espace et de véhiculer les informations sensitives en provenance de la machoire inférieure (sensibilité des dents aux changements de températures et transmission de la douleur). De part, tous ces liens anatomiques, le crâne est indissociable de la machoire. 

 

Les dents sont au nombre de 32 chez les adultes et 20 chez l'enfant (la denture définitive est acquise vers 12-13 ans; à l'exception des dents de sagesse). Les dents sont réparties sur 2 arcades: l'arcade maxillaire (ou supérieure) et l'arcade inférieure (ou mandibulaire). L'arcade du haut est normalement plus large que celle du bas. Les pré-molaires et les molaires sont formées de sillons (creux) et cuspides (monts) qui permettent un engrenage optimal entre les deux arcades. Si cet engrenage ne se fait pas correctement, on parle de malocclusion. 

Les orthodontistes ont défini une classification pour les différents types d'occlusion (classification d'Angle)

-Classe I (ou normocclusion): en principe, la cuspide antérieure de la 1ère molaire maxillaire doit s'encastrer dans le sillon de la 1 ère molaire mandibulaire (flèches rouges sur le shéma à droite)

-Classe II: la cuspide postérieure de la 1ère molaire maxillaire s'encastre dans le sillon de la 1ère molaire mandibulaire

-Classe III: la cuspide postérieure de la 1ère molaire maxillaire s'encastre dans le sillon de la 2è molaire mandibulaire

A cela, peut s'ajouter des rotations des dents, des béances, des chevauchements, des articulés inversés etc.

Il peut aussi s'ajouter des malocclusions squelettales (rétrognathisme ou prognathisme) qui nécessitent, dans certains cas, une intervention chirurgicale.

Notez que le shéma précédent montre bien que le type occlusal se répercute sur la posture globale du corps. 

 

Les dysfonctionnements de l'articulation temporo-mandibulaire

 

Les articulations temporo-mandibulaires ne sont pas des articulations portantes (contrairement aux hanches, aux genoux etc.) et sont donc peu soumises aux effets néfastes de la gravité. En revanche, les muscles masticateurs et la langue sont des muscles puissants et toute asymétrie de tonicité aura des conséquences sur le centrage du condyle dans la fosse mandibulaire. Ce défaut de centrage peut user le disque et ainsi perturber les fonctions de mastication, déglutition, phonation, baillement et respiration et occasionner des symptômes (douleurs musculaires, craquement, acouphènes etc).

 

Les causes de malocclusion sont multiples

 

-post-traumatique: après un choc (directement sur la mandibule, sur la face ou le crâne)

-absence d'une dent (agénésie dentaire) ou, au contraire, dents surnuméraires

-perte précoce des dents ou extraction dentaire non compensée par une prothèse: les dents à côté ou en regard (sur l'arcade opposée) peuvent se déplacer ou s'incliner pour occuper le vide laissé par la dent manquante (d'où la nécessité de combler au plus vite les espaces)

-prothèse dentaire ou obturation de morphologie inadaptée

-succion d'un doigt

-position inadéquate de la langue au repos et/ou interposition de la langue entre les dents lors de la déglutition (j'y reviendrai plus tard) 

-bruxisme (c'est le fait de serrer des dents)

-classe orthodontique (II ou III) et/ou classe squelettique (prognathisme ou retrognathisme) qui ne permettent pas un engrénage optimal des deux arcades

 

 

Que fait l'Ostéopathe?

L'Ostéopathe évalue la mobilité articulaire et fait des tests palpatoires pour s'assurer qu'il n'y ait pas d'asymétrie sur la tonicité des muscles masticateurs pouvant entraîner un fonctionnement anormal des articulations temporo-mandibulaires. 

Si besoin, il effectue des manipulations intra ou extra-buccal pour relâcher les tensions musculaires et redonner de la mobilité à l'articulation.

De part le lien étroit entre le crâne et la machoire, il fait également une évaluation précise du crâne (mais aussi des cervicales, du thorax etc. En fait, il teste toutes les structures qu'il pense pouvoir être en lien avec la symptomatologie rencontrée par le patient). 

Pour plus d'explications sur les manipulations crâniennes, vous pouvez vous référer à la page "Ostéopathie crânienne".

 

Vous pouvez consulter votre Ostéopathe pour les symptômes suivants:

 

-douleurs musculaires à type de crispation, courbatures (c'est ce que l'on appelle le bruxisme)

-sensibilité dentaire inexpliquée (qui peut être lié au fait que la , la couche la plus externe de la dent s'est usé à cause de frottements trop importants= bruxisme)

-douleur à la mastication, la déglutition, le language etc

-névralgies (impression d'élancement/décharge sur le visage et la machoire)

-craquement, ressauts, blocage de l'articulation de la machoire

-en accompagnement d'un traitement orthodontique et/ou une chirurgie maxillo-faciale

-acouphènes

-otalgie (=douleur dans l'oreille) inexpliquée

-impression d'oreille(s) bouchée(s)

-vertiges

-céphalées ou migraines

-hypersalivation ou au contraire, sensation de bouche sèche

-douleurs cervicales

 

Et pendant la croissance?

Rappelons que la mandibule et le crâne sont indissociables, de part les liens anatomiques qui les unissent (muscles, ligaments, liens neurologiques etc). 

Pendant la croissance, ce sont les efforts musculaires de succion/déglutition puis la mastication qui vont permettrent de moduler la forme du crâne (la mastication va augmenter l'angle du corps de la mandibule et arrondir le condyle, les muscles ptérygoïdiens latéraux et médiaux vont tracter sur les apophyses ptérygoïdes de l'os sphénoïde, l'apparition de la courbure cervicale va faire descendre l'os hyoïde, la langue va se placer au palais pour permettre sa croissance etc). 

Il est donc nécessaire de vérifier qu'il n'y ait pas de tensions mécaniques sur toutes ces structures, afin que ces changements morphologiques s'opèrent normalement. 

Par ex, la persistance d'une déglutition infantile (la langue ne se place pas au palais au repos et a tendance à se positionner dans l'espace entre les dents du haut et les dents du bas lors de la déglutition, au lieu de se placer en arrière des incisives supérieures) peut, à terme, provoquer une béance des incisives, une fermeture incomplète des lèvres, un développement insuffisant des maxillaires (car la langue n'effectue pas son travail de modelage de l'arcade maxillaire en se plaçant au palais). La déglutition infantile peut aussi être responsable d'infections ORL hautes à répétition et d'une moins bonne vidange des voies respiratoires supérieures. De part son manque de stimulation du palais et la gêne respiratoire associée,  des études ont également montré que la déglutition infantile peut être à l'origine de troubles de concentration.

Pour l'ostéopathe, il s'agira de vérifier que les structures autour de la langue n'empêche pas un bon placement de langue, que l'innervation de la langue se fait bien etc.

L'orthophonie est également très utile, en parallèle, pour remuscler harmonieusement la langue et permettre au cerveau d'enregistrer un shéma correct de déglutition (de façon à ce que cela devienne un automatisme).

 

L'Ostéopathie traite les troubles fonctionnels et ne se substitue pas à un suivi régulier chez le dentiste.